Totoro, notre camion et Lagom, notre Tiny House autoconstruite Autoconstruction tiny house sur remorque

Lagom & Totoro : comment nous avons auto-construit notre tiny house sur remorque pour continuer notre vie nomade

Maude : Yannick, je crois que pour continuer à voyager ensemble, avec nos animaux et pour avoir de bonnes conditions pour nos enfants, il nous faut une tiny !

Yannick : Genre une tiny en plus de Totoro (notre poids lourd) ?

Maude : Oui.

Yannick : Ok, c’est une bonne idée ! J’adore, je vais la construire !

Il aura fallu près de deux ans et demi pour réaliser cette folle aventure : l’autoconstruction de notre tiny house sur remorque. Bien évidemment, nous n’en sommes pas à notre première folie. Si vous souhaitez faire un petit flashback, prenez 5 minutes pour regarder cette vidéo.

Notre philosophie : faire confiance au processus

Nous ne sommes pas du genre à tout planifier, loin de là. Non, nous faisons plutôt confiance au processus de la vie. Et malgré le fait que j’aime particulièrement que tout aille vite, il faut se rendre à l’évidence : l’univers a un timing qui lui est propre, et quoi que je fasse, je finirai par m’y soumettre.

Le parcours du combattant : définir les règles du jeu

Mais que nous fallait-il pour construire cette autoconstruction de tiny house sur remorque ? Quelles étaient les difficultés, les règles et les limites ?

Au niveau réglementaire, les contraintes étaient nombreuses :

  • Longueur : Attelée à l’arrière de Totoro (qui mesure déjà 9,76 m), notre remorque ne pouvait pas dépasser 8,99 m, pour respecter la longueur maximale d’un véhicule articulé en Europe (18,75 m).
  • Largeur : 2,55 m maximum.
  • Hauteur : En europe la limite est de 4m, mais Totoro faisant déjà 3,90 m de haut, ce serait notre hauteur maximale à ne pas dépasser.
  • Poids (PTAC) : Nous avions deux options. Soit une remorque lourde (plus de 3,5 T), soit une remorque légère (moins de 3,5 T).
  • Permis : Pour conduire notre petite caravane de 750 kg, je n’avais pas besoin de permis spécifique. Mais pour la tiny, le permis CE (Super Lourd) devenait quoi qu’il arrive indispensable.

Première étape : le permis Super Lourd

Rêver c’est bien, mais passer à l’action c’est nécessaire. Aussi, dès que les finances nous l’ont permis, je me suis inscrit à une session de permis CE. Malgré mes années de conduite de Totoro et de Haku, notre ancien bus de presque 12 m, je dois vous avouer avoir eu l’impression de ne plus savoir conduire… Cette session de formation accélérée de 15 jours s’est finalement révélée plus intense que prévu.

Mais bon, les étoiles étant alignées, ce qui doit se faire ne peut pas être arrêté… J’ai obtenu mon plateau, puis deux semaines plus tard ma conduite. Une première étape de réalisée !

La DREAL ou la maison qui rend fou

S’est alors sérieusement posé la question de la remorque : lourde ou légère ? Et là, c’était un peu comme la maison qui rend fou dans Les Douze Travaux d’Astérix.

Totoro n’est pas équipé de mains d’air ni d’attelage pour une remorque lourde. Toutefois, le « barré rouge » indiquait bien la possibilité d’avoir un PTRA (Poids Total Roulant Admis) de 26 T, soit la possibilité d’atteler une remorque lourde de 10 T. J’ai appelé la DREAL, qui m’a indiqué qu’il fallait une autorisation constructeur pour modifier le PTRA de Totoro.

Après avoir contacté deux concessions Renault Trucks et avoir été un peu insistant, j’ai finalement réussi à obtenir cette fameuse autorisation. Ouf ! Mais, pensez-vous, au pays des normes, ce n’était pas si simple. L’autorisation indiquait une liste de mesures à respecter et de pièces à installer. Le responsable du service carrosserie, qui n’avait pas du tout envie de nous aider, a fini par soumettre une demande au service ingénierie de Renault France. Leur retour ? Impossible de faire la modification.

Donc, Renault dit « oui », mais Renault dit « non ».

En réalité, le service ingénierie a répondu à la concession qu’ils ne fournissaient aucun accompagnement pour les travaux sur un véhicule de plus de 10 ans et que la responsabilité de la transformation revenait à la concession… Forcément, ils ont dit non.

Au moins, le choix était fait pour nous : nous construirons notre tiny sur un châssis de 3,5 T !

Le choix du cœur : un châssis qui a déjà vécu

De là s’en est suivi le choix d’un châssis. Plus je regardais les châssis classiques de tiny, plus je me disais que ce n’était pas possible, pas assez durable. J’ai compris que les tiny houses sont faites pour être déplacées, mais pas pour vraiment rouler. Leurs deux ou trois essieux centraux, avec de grands porte-à-faux et une petite garde au sol, me laissaient penser que nous allions en permanence racler le sol.

Et puis, il y a nos animaux. Vous ne le savez peut-être pas, mais parmi les cinq animaux avec lesquels nous voyageons, nous avons un poney et un âne, Gribouille et Louis ! Même si ce sont de petits gabarits, ils cumulent un poids de 350 kg. J’en étais devenu certain : nous devions nous tourner vers quelque chose de plus solide.

Comme je vous l’ai dit, l’univers a son propre timing. Un jour, sur un site de petite annonces, j’ai vu le châssis parfait. C’était un châssis forain à trois essieux : deux à l’arrière et une tourelle directionnelle à l’avant. Garde au sol haute, stabilité, poids… tout était parfait. Rendez-vous fut pris avec Marco, et fin février, nous récupérions la remorque.

C’est chez notre ami Olivier, que nous la construirons. Dehors, avec une météo parfois capricieuse, et avec l’électricité produite par nos panneaux solaires !

Des plans à la réalité : l’art de tout faire rentrer

Remorque en main, j’ai pu dessiner tous les plans. Dans la foulée, nous avons fait notre premier achat : les fenêtres ! Car lorsqu’on utilise des fenêtres d’occasion, ce sont elles qui déterminent beaucoup de choses structurellement.

Avec Maude, nous nous sommes bien creusé les méninges. Comment faire rentrer deux chambres complètes ET une bétaillère, tout en respectant les contraintes de poids et d’esthétique ? Même si la remorque semble grande, lorsque sur le papier vous essayez de caler un lit de 140×190 cm dans un espace de 207×240 cm, il ne reste plus rien ! La seule solution, c’était d’utiliser la hauteur. J’ai alors imaginé deux mezzanines et même une petite terrasse.

L’ossature : une technique innovante de lamellé-collé maison

Fin mars, nous avions les fonds pour acheter du métal et renforcer le châssis. Il nous restait à trouver une technique de construction. Bois, métal ? Les deux. Mais quel bois ? Quelle section ?

Structurellement, les tiny houses utilisent souvent des sections de 40×60 mm. N’y avait-il pas de meilleure solution ?

J’ai alors choisi de faire du lamellé-collé moi-même. OK, je n’ai vu ça nulle part, mais cette envie d’innover est au cœur de ma démarche, que ce soit pour ce projet ou pour la conception de prototypes liés à l’eau vivante. Le principe est le même : quand la solution standard ne convient pas, on la crée. L’idée était de partir d’un plateau de bois brut, de le débiter en petites sections de 16×16 mm, puis de les assembler par quatre pour arriver à une structure finale de 32×32 mm, en alternant différentes essences de bois pour la solidité et l’esthétique.

Fin avril la bonne nouvelle tombe, nous avons un peu d’argent pour acheter des matériaux et des outils. Cette fois, la construction va sérieusement commencer. Je trouve une scie sur table et un petit rabot dégauchisseur d’occasion, et on file chez un négociant bois avec une remorque pour faire le plein de bois… 900€ et une heure de route plus tard nous voici sur le chantier avec tout ce qu’il nous faut… C’est parti !

Avec Théo et Arthur, nous délignons notre premier plateau. À cet instant précis, en regardant ce petit bout de bois de 19×18 mm tout frêle, je me suis dit que mon idée était peut-être un peu débile… Mais qu’importe, nous étions lancés.

Durant près de deux mois, ce fut notre quotidien : scier, raboter, couper et coller ces petites « allumettes » ensemble. Ce sera plus de 1000 mètres linéaires que nous aurons découpés et collés. La famille entière a mis la main à la pâte.

Le 27 juin, un moment symbolique : j’ai collé la poutre faîtière, composée de cinq couches de chêne, frêne, châtaignier, hêtre et chêne. Une poutre de 6,50 m, assemblée et boulonnée en son centre.

Le sprint final : 7 jours pour rendre la tiny habitable

À partir de cet instant, les choses ont avancé plus tranquillement faute de budget. C’est souvent le nerf de la guerre dans un projet d’autoconstruction de tiny house sur remorque. Pose des chevrons, de l’OSB, du pare-pluie, puis du bardage. Là, petite erreur de calcul : il nous manquait 12 m²… Heureusement, une petite annonce non loin nous a sauvés avec des lots de bardage dépareillé à bon prix. Qu’importe, notre roulotte deviendra multicolore !

C’était aussi la réalité de notre projet : le chantier avançait au rythme de nos finances. Car pendant que les murs de Lagom montaient, nous continuions de financer le rêve en parallèle. Maude avançait sur l’écriture de ses livres et quelques contrats d’illustrations, tandis que je jonglais entre la mise en page pour notre maison d’édition, Les Éditions Mytae, et mes activités de coaching et de conception de prototypes.

Dernière semaine de juillet, nous mettons un gros coup de collier. Les copains des enfants viennent nous rendre visite et nous décidons qu’ils logeront dans la tiny. Le compte à rebours est lancé : 7 jours avant leur arrivée !

La pose de l’isolant en laine de bois au plafond a été une vraie galère. En effet, panneaux souple fixé avec contre plaqué souple c’est difficile ! Mais l’équipe de choc, Maude et Théo, a géré, pendant que je m’occupais des découpes du contreplaqué intérieur. En une semaine, nous avons transformé l’espace pour le rendre vivable. Le vendredi 1er août, Arthur et Théo ont pu emménager dans leur chambre pour une première nuit. Mission accomplie !

Les finitions : quand chaque détail compte

La semaine suivante, place à l’électricité. Les murs étant très fins, j’ai distribué les câbles par les angles, en passant sous le châssis. Une solution simple et accessible pour le futur.

Mi-septembre, nous avons rapproché Totoro de la tiny pour la première fois. C’était beau de voir l’ensemble se dessiner. Il était temps de passer aux finitions : pose des cornières métalliques, des feux, changement des freins, installation de la tête d’attelage, changement des six pneus et, enfin, aménagement de la partie bétaillère. Les finitions sont une étape clé dans l’autoconstruction d’une tiny house sur remorque, où chaque détail compte.

Et puis, il fallait aussi s’occuper de Totoro avant de reprendre la route : nouveau coffre, pose d’un déflecteur, installation de la chape d’attelage… Le départ approchait.

« Lagom » : notre nouvelle maison sur roues

Voilà. Après plus de 1200 heures passées sur ce projet, nous étions prêts à partir vers de nouvelles aventures. Cette expérience d’autoconstruction de tiny house sur remorque nous a clairement transformés.

Nous avons baptisé notre roulotte « Lagom ». Ce terme suédois, réputé intraduisible, désigne une quantité ou une qualité qui n’est ni trop, ni trop peu. Un juste équilibre, « juste ce qu’il faut ».

Lagom & Totoro, notre ensemble magique.

Encore une fois, poussés par notre envie bien plus que par nos moyens, nous avons réalisé ce qui paraissait impossible. Je perçois nos projets comme des escaliers. Il est difficile d’atteindre la 100ème marche avant d’avoir passé la première. Alors, marche après marche, défi après défi, sans nous en rendre vraiment compte, notre roulotte a pris vie.

Si vous avez lu cet article jusqu’au bout, j’espère une chose : qu’il vous donnera l’envie de réaliser les rêves que vous avez dans votre cœur, que cela prenne un mois ou dix ans. Nous ne sommes ici sur Terre que pour offrir ce que nous avons de plus beau. L’art de réaliser ses rêves est une capacité intrinsèque, utilisons-la.

Avec le cœur,

Yannick.


À propos des auteurs :

Maude et Yannick sont un couple d’artisans-créateurs qui partagent leur quotidien de famille nomade. Ce projet a été entièrement auto-financé grâce à leurs activités complémentaires :

  • Maude est autrice et illustratrice. Elle donne vie à des récits et des univers graphiques poétiques que vous pouvez découvrir à travers leur maison d’édition.
  • Yannick est un créatif multi-casquettes. Il accompagne les personnes et les projets en tant que coach et concepteur de prototypes sur www.yannick-mytae.fr. Il est également le concepteur graphique et metteur en page de leur maison d’édition familiale, Éditions Mytae.

4 réflexions sur “Lagom & Totoro : comment nous avons auto-construit notre tiny house sur remorque pour continuer notre vie nomade”

  1. Ça m’étonne peu de vous en fait. Je pensais souvent à vous ces derniers temps et l’univers me soufflait que vous étiez dans l’énergie du changement. Et vous voilà dans un projet grandiose ! On se verra bientôt j’espère ?!
    Je vous souhaite plus que le meilleur !
    Sylvie

  2. Quentin Chenillot

    Cc la famille MYTAE !!!!
    Magnifique projet qui aboutit enfin !!!
    On est trop heureux pour vous ! La preuve qu’il faut toujours croire en sois !
    Je me souviens quand on discutait de ce projet qui était à peine sortie de votre imagination 💫….
    Et voilà que le rêve est devenu réalité !👏👏👏👍
    Bravo 👏 👍 💪
    Hâte de vous voir pour découvrir tout ça en vrai ☺️😁😁
    Merci de nous partager cette belle aventure !!! 🙏
    Grosse bises à tous
    Quentin , Angélique , Thibaut et Alyssa

  3. Génial les Mytae, continuez de vivre vos rêves !!!
    Vous êtes dans une belle énergie d’équilibre et de simplicité !
    Belle route à vous, au plaisir d’avoir de vos nouvelles et de vous retrouver un jour !
    Gros bisous
    Bertrand, Severine, Tom et Noa

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